Vous êtes infirmière spécialisée en chimiothérapie. Pouvez-vous nous dire quel a été votre parcours pour exercer cette spécialisation ?

 

Diplômée depuis 2012, j’ai d’abord travaillé en bloc opératoire, en chirurgie, en hémodialyse, en réanimation, puis en chimiothérapie ambulatoire à la Polyclinique. Mon parcours m’a permis de voir que j’avais besoin d’évoluer dans un service associant à la fois les aspects techniques et relationnels de mon métier, et le service de chimiothérapie réunit les deux.

 

En quoi consiste vos missions ?

 

En dehors du fait d’appliquer un protocole de chimiothérapie sur prescription médicale, notre rôle débute dès l’accueil du patient, à savoir commencer par le familiariser avec les lieux, l’équipe et son traitement en lui expliquant sa prise en charge et en répondant au mieux à ses questions et ses besoins. Nous avons aussi un rôle « éducatif » vis à vis du patient et de son entourage, afin que la période durant laquelle il reçoit son traitement se passe pour le mieux, notamment à domicile. Nous avons ensuite en charge la partie « technique » qui consiste en la ponction de la chambre implantable, la dispensation du traitement et la surveillance clinique qu’elle implique. Enfin, notre implication dans la continuité des soins, tant à domicile qu’en hospitalisation, est un aspect primordial de notre travail. De ce fait, notre rôle va souvent au-delà du service ambulatoire.

Nous intervenons aussi dans la prise en charge de soins oncologiques de support. C’est-à-dire que nous accueillons des patients qui suivent un traitement oral pour faire un suivi en consultation oncologique pluridisciplinaire, ou bien pour des soins spécifiques induits par la maladie ou les traitements (transfusions, biopsies, ponctions d’ascite, etc.)

 

Quelles sont les qualités nécessaires à l’exercice de vos fonctions ?

 

La chimiothérapie ambulatoire est un service de jour, ce qui implique des exigences particulières. Les journées sont assez rythmées, il faut donc être assez réactif et très organisé pour arriver à gérer la quantité de travail « technique » sans que le patient ne se sente lésé d’un point de vue relationnel. Il faut donc savoir jongler entre ces deux aspects: être un(e) technicien(ne) rigoureux(euse) en gardant la relation d’aide et d’écoute au coeur du soin.

 

Comment s’organise une « journée type » au service chimiothérapie au sein de la Polyclinique ?

 

Tout d’abord nous ouvrons le service à 8h du matin. Nous commençons à organiser notre journée dans l’infirmerie en fonction du planning du jour et accueillons les premiers patients. Nous fonctionnons par système de sectorisation, ce qui veut dire que chaque infirmier a sa liste de patients avec lesquels il va interagir tout au long de la journée.

Lorsque nous obtenons la validation médicale, nous installons les patients dans la salle commune de traitement ou en chambre pour commencer leur séance. Notre journée est rythmée par la validation des protocoles au fur et à mesure que les patients arrivent et sont vus en consultation par l’oncologue. Nous préparons alors les perfusions et démarrons les traitements de chimiothérapie une fois que nous les avons reçus (les produits cytotoxiques sont préparés sur place au niveau de la pharmacie).

Tout au long de l’administration des traitements, nous effectuons une série de surveillances cliniques spécifiques à chaque patient et chaque thérapie. La journée se termine aux alentours de 18h, lorsque tous les patients ont fini leur traitement et ont quitté le service.

 

Avec quels professionnels de la Polyclinique avez-vous l’habitude de collaborer pour soigner les patients ?

 

Beaucoup de professionnels de santé gravitent autour de la prise en charge en chimiothérapie. Rien que dans notre service nous sommes six infirmiers, une cadre de santé, quatre médecins oncologues, une secrétaire médicale et deux agents de service hospitalier. Mais nous sommes constamment en lien avec l’équipe de médecine oncologique du deuxième étage ses deux médecins. L’un d’eux intervient d’ailleurs dans la prise en charge de la douleur en oncologie et est régulièrement amené à intervenir auprès des patients avec la collaboration d’une infirmière spécialisée elle aussi dans la prise en charge de la douleur. Nous collaborons aussi étroitement avec la psychologue et la diététicienne, avec les infirmières du dispositif d’annonce et le service de consultation cardiologique qui interviennent tous auprès des patients à différents stades de leur prise en charge.

Nous sommes également en lien constant avec le personnel de la pharmacie de l’établissement, car ce sont eux qui préparent les thérapies des patients au fur et à mesure de la journée.

Nous sommes aussi en lien avec les chirurgiens de la Polyclinique qui sont amenés à poser des chambres implantables de nos patients.

Enfin, la bonne prise en charge du patient implique aussi une partie administrative, la collaboration avec l’accueil et le bureau des entrées de l’établissement qui va gérer toute cette partie (avec la secrétaire médicale de notre service) est donc indispensable.

 

En qualité d’infirmière en chimiothérapie, le relationnel que vous avez avec les patients et leurs proches est très important. Y’a t’il un moment qui vous a particulièrement marqué/étonné/amusé dont vous aimeriez nous parler ?

 

Ce n’est pas une situation unique qui m’a marqué. C’est lorsque nous revoyons certains patients longtemps après la fin de leur traitement, souvent au détour d’une consultation avec le médecin. Ils font souvent un crochet par notre service pour nous dire bonjour et nous donner de leurs nouvelles, et c’est quelque chose qui nous touche à chaque fois.

 

Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner à un patient se préparant à effectuer sa première chimiothérapie ?

 

Je lui dirais que sa première cure lui appartient et lui conseillerais de ne pas trop écouter ce que d’autres personnes peuvent lui raconter sur des expériences vécues ou entendues de chimiothérapie. Chaque personne est différente, chaque pathologie cancéreuse est différente, tout le monde ne tolère pas les choses de la même manière. La chimiothérapie de votre voisin n’est pas la vôtre. Je lui dirais surtout de ne pas aller chercher des informations sur internet (même si c’est certainement plus facile à dire qu’à faire). Posez des questions au médecin et au personnel soignant, nous sommes aussi là pour ça.